À l’occasion des Rendez-vous aux jardins. Les adhérents de l’association Valentin Haüy ont découvert, vendredi, le parc du château de Celle-les-Bordes. Village aux environs de Rambouillet, les malvoyants on pu profiter d’une visite où le toucher, les odeurs et les échanges ont pris le relais du regard.
Cette année, les Rendez-vous aux jardins mettaient à l’honneur le sens le plus utilisé : la vue. Au château de Celle-les-Bordes, le choix a été fait de prendre ce thème à contre-pied en invitant les adhérents de l’association Valentin Haüy. Créée en 1889, l’association accompagne les personnes déficientes visuelles à travers de nombreuses activités favorisant leur autonomie et leur inclusion.
Découvrir le parc autrement
Dès l’arrivée, le château impressionne. La bâtisse domine le parc sous un soleil agréable, ni trop chaud ni trop froid. Devant le perron, les premiers massifs attirent le groupe. Camélias, pétunias, œillets, lavandes, dahlias et chrysanthèmes dessinent un ensemble coloré devant les pierres roses de la demeure.
Les visiteurs avancent lentement. Les mains remplacent les yeux. On cherche les fleurs du bout des doigts, parfois en effleurant la terre, parfois guidée par la voix d’un bénévole.
Au milieu du groupe, Pascale Kurc passe d’un visiteur à l’autre. « Là, vous avez des pétunias roses, et à côté, des pétunias violets », explique-t-elle en guidant une main vers une grande jardinière de pierre.
Avec son mari, elle est propriétaire du domaine, et c’est elle qui s’occupe des fleurs : « J’adore les fleurs. J’adore les sentir, j’adore les couleurs. » Pour elle, cette journée est avant tout une rencontre. « C’est merveilleux, ce partage. Moi, je suis ravie. »
Les malvoyants découvrent le jardin
La visite se poursuit vers une ancienne étable entourée de rosiers. Chacun son tour approche son visage des fleurs ou effleure les pétales.
« Celle-ci, elle ne sent pas », remarque Thierry après avoir comparé plusieurs roses.
Thierry, lui, est malvoyant depuis un an. « À cause d’une allergie à un médicament. J’étais photographe avant. »
Aujourd’hui, il participe aux activités proposées par l’association : apprentissage de la canne blanche, cours de cuisine, théâtre, livres audio, randonnée et visites culturelles. Des rendez-vous qui lui permettent de retrouver, peu à peu, de nouveaux repères.
Un peu plus loin, Marie-Odile s’arrête devant plusieurs oliviers. « Ici, vous voyez, je sais qu’ils sont mal taillés », lance-t-elle en riant. Ses mains remontent le long des branches. « Celui-là aurait dû être taillé bien avant. »
Marie-Odile distingue encore difficilement ce qui l’entoure lorsqu’elle s’approche très près. D’autres participants ont totalement perdu la vue. Certains ne l’ont jamais eue.
Bras dessus, bras dessous
Le groupe reprend sa marche. Sur les anciens pavés où l’herbe a trouvé sa place, bénévoles et malvoyants avancent bras dessus, bras dessous vers l’arrière du château. Les conversations se mêlent naturellement. Quand l’un décrit un paysage ou une couleur, l’autre raconte ce qu’il ressent sous ses doigts ou ce qu’une odeur lui évoque.
Derrière la bâtisse, le parc s’ouvre sur de grandes pelouses bordées de grands arbres.
Près d’un massif de dahlias, Sylvie tend la main vers une fleur. « Elles sont de quelle couleur, celles-ci ? » « Roses », lui répond son accompagnateur.
Elle sourit avant de reprendre son exploration du bout des doigts.
La visite continue dans les allées du parc. Le groupe s’éloigne entre les arbres et les fleurs. Les discussions se poursuivent, ponctuées de rires et de questions. Nous les laissons continuer leur exploration.