Yvelines : mieux former les équipes périscolaires pour favoriser l’inclusion des enfants handicapés

Publié le 12 octobre 2026

Partager

Yvelines : mieux former les équipes périscolaires pour favoriser l’inclusion des enfants handicapés

article rédigé en partenariat avec les étudiants de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye par : Callista Baudot et Raphaël Petit

Chronique

Comment favoriser l’inclusion des enfants à besoins particuliers dans les structures périscolaires ? À l’occasion des Universités des mairies de l’Ouest parisien (UMOP 2026), deux responsables de l’Institut national supérieur de recherche pour l’éducation inclusive (INSEI) appellent à transformer les pratiques éducatives. Au-delà de la formation des agents, elles défendent une meilleure coordination entre les professionnels et un changement profond du regard porté sur le handicap.

Pour leur première participation aux Universités des mairies de l’Ouest parisien, Zineb Rachedi, directrice des études de l’Institut national supérieur de recherche pour l’éducation inclusive (INSEI), et Murielle Mauguin, directrice de l’établissement, ont abordé un enjeu majeur pour les collectivités : l’accueil des enfants à besoins particuliers.

Au-delà de la formation des équipes périscolaires, les deux responsables souhaitent engager une réflexion plus large sur les pratiques inclusives. Elles plaident notamment pour une meilleure coordination entre les acteurs de l’éducation et du secteur médico-social.

Changer de regard sur le handicap

« Il n’est pas acceptable, pas possible, pas concevable qu’un enfant n’ait pas le droit de grandir avec les autres », affirme Zineb Rachedi.

Pour la directrice des études de l’INSEI, l’inclusion repose avant tout sur des valeurs et une éthique. Accueillir un enfant à besoins particuliers ne devrait donc pas constituer une exception. Il s’agit, au contraire, d’un droit fondamental dans une société démocratique.

Cependant, cette ambition nécessite de remettre en question certaines habitudes professionnelles. Les deux intervenantes invitent ainsi les collectivités et les équipes éducatives à ne plus considérer l’inclusion comme une contrainte supplémentaire.

Elles encouragent également les professionnels à questionner leurs méthodes de travail et l’organisation de l’accueil.

« Ça va prendre du temps, mais on n’a pas le choix », rappellent-elles.

Former les agents, mais avec quels moyens ?

L’inclusion ne repose pas uniquement sur des principes. Elle nécessite aussi des pratiques concrètes, une méthodologie adaptée, des moyens et des partenariats solides.

Toutefois, les collectivités doivent composer avec plusieurs difficultés. Entre pénurie de personnel et restrictions budgétaires, comment améliorer l’accueil des enfants sans disposer de ressources supplémentaires ?

Pour les deux responsables, ces contraintes ne doivent pas empêcher les équipes d’agir.

« À moyens constants, on peut quand même faire changer les choses », souligne Murielle Mauguin.

Ainsi, les professionnels peuvent réorganiser leurs équipes, renforcer leurs échanges ou adapter leurs méthodes d’accompagnement. Ces évolutions constituent autant de leviers pour améliorer les pratiques inclusives.

Néanmoins, cette approche ne signifie pas que tous les besoins peuvent être satisfaits sans financements supplémentaires. Certains enfants nécessitent un accompagnement spécifique et des moyens adaptés.

Les intervenantes invitent donc à ne pas limiter systématiquement la question de l’inclusion aux seules contraintes budgétaires.

L’INSEI participe également à cette transformation. « Les ressources que nous créons ont vocation à être les plus utiles possible », expliquent les deux responsables.

Elles souhaitent notamment dépasser l’image de chercheurs éloignés des réalités du terrain.

Installé à Saint-Germain-en-Laye depuis juillet 2026, l’établissement accueille environ 200 étudiants en master professionnalisant dans les domaines éducatif et médico-social. Il accompagne également des enseignants et d’autres professionnels dans leur formation.

« L’Éducation nationale et le médico-social doivent davantage travailler ensemble »

Au-delà du manque de moyens, les intervenantes identifient un autre obstacle majeur : le manque de coordination entre les différents acteurs.

Murielle Mauguin souligne notamment les difficultés persistantes entre l’Éducation nationale et le secteur médico-social, malgré les avancées législatives engagées depuis 2005 en matière d’éducation et de handicap.

« L’Éducation nationale et le médico-social, ce sont deux mondes qui se sont construits dos à dos », déplore Zineb Rachedi.

En effet, lorsque l’accompagnement d’un enfant devient difficile, les différents services peuvent se renvoyer les responsabilités. Une situation qui risque de fragiliser sa prise en charge. Pour y remédier, les deux responsables défendent une meilleure articulation entre les établissements scolaires, les collectivités et les structures médico-sociales.

Le mouvement de désinstitutionnalisation pourrait notamment favoriser cette coopération et permettre de développer de nouvelles formes d’accompagnement.

Par ailleurs, certaines initiatives locales peuvent servir d’exemple. Les intervenantes évoquent notamment l’association Cap’école, dans le département du Var, dont les pratiques pourraient inspirer d’autres territoires.

Repenser l’école pour construire une société plus inclusive

La question de l’inclusion dans les structures périscolaires dépasse finalement le seul cadre de l’accueil des enfants en situation de handicap. Dans un contexte marqué par les mobilisations lycéennes, elle interroge également le rôle de l’Éducation nationale et la place accordée à chaque élève dans le système éducatif.

« L’école n’est pas une garderie pour permettre aux gens d’aller travailler », rappellent les intervenantes.

Pour elles, l’école doit avant tout permettre à chaque enfant de grandir, d’apprendre et de trouver sa place dans la société.

« Il n’y a pas de plus beau projet politique que de construire une école plus juste, plus inclusive, de mettre davantage de moyens. »

Les deux responsables appellent ainsi à revaloriser les métiers de l’éducation et de l’éducation spécialisée, notamment sur les plans financier et salarial.

Elles souhaitent également « placer l’équipe pédagogique au centre de cette nécessaire transformation de l’école ».

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, ces réflexions alimentent un débat plus large sur les priorités éducatives et les moyens consacrés à l’inclusion.

Pour Zineb Rachedi et Murielle Mauguin, construire une école plus inclusive suppose donc de faire évoluer les mentalités, de renforcer la formation des professionnels et de décloisonner les pratiques. Une transformation qui concerne autant l’Éducation nationale que les collectivités locales.

crédit image : nimito – stock.adobe.com

Les tags liés a cet article :

Aujourd'hui