« Une petite école infernale » : à Saint-Germain-en-Laye, violences physiques et pédocriminelles au collège Saint-Augustin

Publié le 30 juillet 2026

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« Une petite école infernale » : à Saint-Germain-en-Laye, violences physiques et pédocriminelles au collège Saint-Augustin

Rédigé par Floriane Mourrat

Chronique

Plusieurs centaines de témoignages de violences physiques et sexuelles visent les établissements scolaires du réseau des Écoles catholiques des lasalliens depuis février 2026. Sous la tutelle de la congrégation jusqu’en 1994, le collège saint-germanois ne fait pas exception.

Dix victimes et deux agresseurs identifiés dans l’établissement

« Lorsque l’affaire Bétharram est sortie, j’ai eu une levée d’amnésie traumatique et tout m’est revenu d’un coup en mémoire. L’ensemble des violences physiques que j’ai subies pendant plusieurs années, et les attouchements sexuels que j’ai eu de la part d’un prêtre de la confession » explique Philippe, ancien élève de l’établissement Saint-Augustin, à Saint-Germain-en-Laye. Le collège-lycée est désormais sous tutelle du diocèse de Versailles, et appartenait jusqu’en 1994 au réseau des Écoles Catholiques lasaliennes.

Au total, près de 300 victimes venant d’une cinquantaine d’établissements de la congrégation ont déjà témoigné. L’association Mémoire Vérité Reconnaissance (MVR), qui porte la parole et accompagne ceux qui ont subi la violence des lasalliens, identifie 10 victimes et 2 prédateurs sexuels à Saint-Augustin. Les témoignages font état de violences physiques, sexuelles et psychologiques comprises entre 1955 et 1985. « S’il y a de la violence, les enfants victimes des prédateurs sexuels n’osent pas parler » déplore Geneviève, porte parole de l’association MVR, qui recense les cas dans l’Hexagone.

Une atmosphère de terreur et de violence permanente

Saint-Augustin « était un collège où il y avait une énorme violence physique » se souvient Philippe. Une femme a rapporté à l’association s’être fait violée par Frère Anicet « dans la bibliothèque à mainte reprises ». Selon l’ancien élève, les agissements de ce Frère étaient connu de tous. « Quand les petites filles rentraient chez elles avec des poupées les parents disaient : « Elle a eu affaire à Frère Anicet » » assure Geneviève. Après Saint-Augustin, le Frère aurait « disparu dans la nature ».

Geneviève décrit « une petite école infernale » avant de préciser que « le cauchemar total, c’est l’internat, et Saint-Augustin n’est pas un internat ». Pour autant, Philippe se souvient d’avoir été fouetté par son professeur de gymnastique. Il témoigne aussi « d’enfants qui étaient roués de coups devant les autres jusqu’à en perdre connaissance », « attachés aux portes manteau », ou encore « mis dans les poubelles ». L’ancien élève décrit une atmosphère de terreur et de violence physique permanente, à laquelle s’ajoute les agressions sexuelles.

Il explique lui-même avoir été abusé par un prêtre lors d’une retraite de profession de foi. Le religieux aurait également tenu des propos à l’égard du sexe de sa mère, de sa soeur et de ses camarades. « Vous pensez bien que quand vous avez 12 ans, moi ça m’a explosé la tête  » déclare-t-il.

La Congrégation présente ses excuses

Le 24 juillet 2026, la congrégation des Frères des Écoles Chrétiennes a demandé pardon aux victimes. « Nous ressentons de la honte pour les actes commis dans le passé par certains de nos confrères qui ont trahi la confiance qui leur avait été accordée par des enfants et leurs familles », ont-ils affirmé. Les lasalliens expliquent avoir mis en place depuis 2014 un processus de justice restaurative qui a déjà accueilli 83 victimes. Ils affirment poursuivre ce mécanisme « autant qu’il le faudra ».

À Saint-Augustin, « une seule saisine de la Cellule d’Ecoute est intervenue et elle a donné lieu à indemnisation de la victime » a précisé Matthias Pujos, avocat de la congrégation. Mais pour Philippe, ce n’est pas suffisant. « Je veux que l’entité qui devait me protéger quand j’étais petit garçon soit mis en responsabilité« , s’indigne-t-il avant d’ajouter : « je veux une réparation à hauteur de tous les préjudices que j’ai subis durant tout le reste de mon existence. »

L’association MVR demande ainsi à la congrégation de reconnaitre sa responsabilité en tant qu’institution, et de créer un fond à hauteur de 100 millions d’euros pour indemniser les victimes. Elle exige également que les Frères des Écoles Chrétiennes lancent un appel à témoignage, et ouvre l’accès à leurs archives pour que l’association puisse « retrouver l’itinéraire des bourreaux et des prédateurs sexuels qui passaient d’un établissement à l’autre ».

Lancement d’une commission indépendante

Lorsque l’un des religieux ou des enseignants laïcs était suspecté, « ils étaient exfiltrés et on les envoyait dans un autre établissement où ils reproduisaient leurs actes criminels » dénonce l’association. À Saint-Augustin, un directeur « coinçait les enfants dans l’ascenseur. La congrégation le savait puisqu’il a été déplacé plusieurs fois. » accuse Geneviève.

Ce directeur, Philippe le nomme. C’est Frère Agilbert-Marie. Il fut d’abord directeur de l’établissement scolaire de Passy-Buzenval à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) jusqu’en 1970. « C’est un pédocriminel notoire. Il doit y avoir une centaine de petits garçons victimes à Passy-Buzenval. » Le Frère aurait passé une année à la direction de Saint-Augustin, durant laquelle l’association a recensé des « actes de prédation sur deux ou trois garçons », avant qu’il soit déplacé à l’établissement de Saint-Genès La Salle, à Bordeaux.

De leur côté, la congrégation annonce le lancement d’une commission indépendante pour procéder à « une étude approfondie, afin de comprendre comment des Frères ont pu agresser impunément des élèves au sein de nos établissements et, pour certains d’entre eux, récidiver. » Cette commission, dont aucun Frère ne sera membre, devrait accéder aux archives pour identifier les agresseurs du réseau Lasalle. L’association MVR se dit « preneuse » de participer à cette commission et d’aider à faire émerger la vérité. « C’est un énorme trou pour nous de ne pas savoir ce que sont devenus nos prédateurs » déplore son président.

« Nous allons rentrer dans une phase judiciaire contre la congrégation »

Pour l’association, les violences physiques et sexuelles qui ont eu lieu à Saint-Augustin sont systémiques au sein des établissements de la congrégation des Écoles catholiques lasalliennes, « d’un établissement à l’autre, d’une époque à l’autre ».

« À partir de l’automne, nous allons rentrer dans une phase judiciaire contre la congrégation. Et nous avons besoin de témoignages écrits » explique-t-il. Le président de l’association appelle ainsi les victimes et les témoins de violences physiques, sexuelles, et psychologiques au sein des établissements du réseau Lasalle à contacter l’association.

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