Depuis plusieurs semaines, la colère gagne les lycées français. Blocages, manifestations et incidents se multiplient. Mais derrière cette mobilisation se trouvent aussi des mécanismes bien connus des chercheurs. Conditions d’études, pression scolaire ou manque de moyens : la sociologie apporte plusieurs clés pour comprendre ce mouvement.
La mobilisation actuelle ne naît pas d’une seule réforme. Les lycéens dénoncent notamment les classes surchargées, les enseignants absents, les emplois du temps chargés, l’état de certains établissements ou encore Parcoursup. Des revendications qui renvoient directement à leur quotidien.
La pénibilité scolaire au cœur de la colère
Dans une tribune publiée dans Le Monde, plusieurs sociologues de l’université de Tours décrivent les mobilisations actuelles comme l’expression d’une « pénibilité du travail scolaire ».
Leurs recherches reposent notamment sur près de 7 000 questionnaires. Elles montrent que les lycéens étudiés consacrent en moyenne 39 heures par semaine aux cours et au travail personnel. Pour un quart d’entre eux, ce volume dépasse même 45 heures. À cela s’ajoutent les transports et la pression liée aux résultats.
Par ailleurs, les conditions matérielles nourrissent le mécontentement. Locaux vieillissants, classes chargées ou manque de personnel reviennent régulièrement parmi les revendications. Le mouvement actuel trouve d’ailleurs son origine dans un lycée de Créteil, où des élèves se sont mobilisés en septembre contre des postes vacants.
Un mouvement qui rappelle les années 1990
Cette colère lycéenne n’est pas nouvelle. Les mouvements de 1990 et 1998 portaient déjà sur plusieurs préoccupations similaires.
Le sociologue François Dubet observe ainsi un même sentiment de malaise entre ces différentes générations. À l’époque déjà, les élèves dénonçaient notamment l’état des locaux, les effectifs dans les classes et le manque de personnels.
Cependant, le contexte a évolué. Aujourd’hui, Parcoursup et la pression liée à l’orientation occupent également une place importante. Plus d’un lycéen de terminale sur deux interrogé dans l’étude de l’université de Tours déclare ressentir souvent ou très souvent du stress concernant son orientation.
Pourquoi les lycéens choisissent-ils le blocus ?
Contrairement aux salariés, les lycéens ne disposent pas juridiquement d’un droit de grève. Le ministère de l’Éducation nationale rappelle que le décret encadrant les droits et obligations des élèves ne prévoit pas ce droit.
Le blocage d’un établissement constitue donc l’un des modes d’action visibles utilisés lors des mobilisations lycéennes. Les réseaux sociaux permettent également aux appels à manifester ou à bloquer les établissements de circuler rapidement.
Finalement, derrière des revendications parfois multiples, les recherches sociologiques mettent en évidence plusieurs préoccupations communes : les conditions d’apprentissage, la charge de travail, le manque de moyens et l’incertitude face à l’avenir. Autant de facteurs qui permettent de mieux comprendre les ressorts de la colère actuelle.