Pour les Journées européennes du patrimoine, le fort de Saint-Cyr célèbre à sa manière le bicentenaire de la photographie. Les 19 et 20 septembre, à Montigny-le-Bretonneux, le public pourra pousser les portes de cet ancien édifice militaire devenu l’un des lieux de conservation des photographies de l’État.La Médiathèque du patrimoine et de la photographie y présente une partie de ses collections, entre visites, ateliers et découverte des galeries souterraines.
Le fort aux mille vies
Avant d’abriter des photographies, le fort de Saint-Cyr avait une mission bien différente. Construit à la fin du XIXe siècle, après la défaite de 1870, il devait participer à la défense de Paris. Mais les progrès de l’artillerie et des techniques militaires le rendent rapidement obsolète, avant même qu’il n’ait pu servir. Pour comprendre ce que représentait cet ouvrage militaire, il faut descendre sous terre. Près de trois kilomètres de galeries souterraines relient et desservent les différents espaces du fort.
Le site change, ainsi, assez vite de fonction. « Beaucoup de forts qui n’ont pas été utilisés ont été déclassés, mais pas le fort de Saint-Cyr. En 1919, le site devient une station météorologique. » Anne Cook, documentaliste à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie, revient sur ce changement de cap. Entre les deux guerres, quelque 10 000 personnes y passent. Parmi elles, Raymond Aron, qui y effectue son service militaire en 1929. « Jean-Paul Sartre y a également fait son service militaire et il a notamment observé les ballons-sondes », rappelle-t-elle.
Des canons aux clichés
Après les militaires et les météorologues, les photographies prennent à leur tour leurs quartiers au fort. En 1983, les collections photographiques de l’État s’y installent. Ses murs épais et sa température naturellement stable en font un lieu adapté à leur conservation. Mais encore fallait-il pouvoir les accueillir. Anne Cook donne la mesure du chantier : « Il fallait neuf kilomètres de rayonnage. Et les travaux sont allés plutôt rapidement. »
Aujourd’hui, le fort conserve près de 25 millions de photographies. Un chiffre qui donne le vertige, même à notre documentaliste : « Environ 1,4 million sont disponibles en ligne.» On peut y retrouver notamment les photographies de Raymond Depardon et de Félix Nadar.
Gilles Caron, témoin de son époque
À Saint-Cyr, on retrouve les images de Gilles Caron, l’un des grands reporters de sa génération. Mort au Cambodge en 1970, à seulement 30 ans, il avait déjà photographié la guerre des Six-Jours, le Biafra, le Vietnam et Mai 68. Ces images ont traversé les décennies et connaissent aujourd’hui un nouvel intérêt : le Grand Palais consacrera une grande exposition à Gilles Caron, de mars à juillet 2027.
Info pratique :
Les Journées européennes du patrimoine se déroulent samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026. Au fort de Saint-Cyr, Deux visites sont proposées : l’une pour découvrir l’histoire militaire du site, l’autre pour ses collections photographiques.
La première, d’environ 30 minutes et sans réservation, revient principalement sur l’histoire du fort et permet de découvrir une partie des galeries souterraines. Elle est proposée de 10h à 12h et de 14h à 17h.
La seconde visite est d’environ deux heures et est sur réservation. Elle permet de découvrir les collections de la Médiathèque du patrimoine et de la photographie, le fort et de participer à des ateliers autour de la photographie. Réservation au 01.30.85.68.74.
Horaires et modalités de réservation à retrouver dans le programme officiel des Journées européennes du patrimoine à la MPP