Depuis plus de dix ans, Agnès Rossigneux donne une seconde vie aux tissus anciens grâce à la sérigraphie. Dans son atelier, cet artisanat devient un outil de création autant qu’un moyen de valoriser des matières oubliées.
C’est dans sa maison, à Carrières-sur-Seine, qu’Agnès Rossigneux a installé son atelier. Une petite pièce dans laquelle s’entrepose bout de tissus, peintures et cadres, qui lui permettent de faire de la sérigraphie. « Avant d’insoler mon cadre grâce à un procédé photosensible, je fais d’abord mon dessin. C’est un peu technique ! « , ironise-t-elle. « Une fois que c’est fait, je place mon cadre, qui va me servir de pochoir, sur mon tissu. Je le badigeonne de peinture, que j’ai préalablement préparé, et je l’étale avec une racle de carreleur. »
Transformer l’existant plutôt que produire du neuf
Agnès est sérigraphe depuis 2010. Au départ, elle fonde la société Un rond dans l’eau avec une amie. « On a démarré avec des photos imprimées sur tissu », raconte-elle. « Mais on dépendait d’un imprimeur, ce qui était contraignant. » Depuis le départ de sa collaboratrice en 2015, l’artisane dirige seule son entreprise. « Je n’était pas destiné à faire de la sérigraphie. J’ai fait des maîtrises de gestion, un D.E.S.S marketing, donc rien à voir », explique-t-elle. « Et puis, je suis partie vivre aux États-Unis. J’ai eu deux enfants là-bas, un troisième en rentrant. Donc j’ai beaucoup été pas mal mère au foyer. L’un de mes passes-temps était la récupération de meubles anciens que je transformais et que je revendais. »
Peu à peu, cette pratique du réemploi s’impose comme un fil conducteur. « À un rond dans l’eau, le principe reste le même, mais avec des tissus anciens. Le but est de ne pas jeter, de réutiliser ce tissu qu’on garde précieusement, mais qui s’abîment dans les armoires », décrit-elle. Dans l’atelier, rien n’est standardisé. Les créations dépendent directement des tissus récupérés. Coussins, sacs, tabliers et linge de maison prennent forme au fil des idées et des matières. Les commandes sur mesure complètent sa production. « Comme je fais moi-même mes couleurs, je peux assortir à un service, à un mur », précise-t-elle.
Entre artisanat et transmission
Au fil des années, Agnès Rossigneux a développé une clientèle fidèle. Lors de portes ouvertes, des particuliers lui confient des textiles familiaux qu’ils ne souhaitent pas jeter. « Ils en ont gardé quelques-uns, mais ils ne peuvent pas tout garder », observe-t-elle.
Au-delà de la production, son travail s’inscrit dans une réflexion plus large sur les modes de consommation. Redonner de la valeur à l’existant, proposer des alternatives au neuf, et maintenir un lien direct entre créateur et utilisateur.