Originaire de Montigny-le-Bretonneux, dans les Yvelines, Johanna Loyer figure parmi les 35 lauréates du Prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science 2026. Cette jeune chercheuse en cryptographie travaille sur un défi majeur : protéger nos données face aux futurs ordinateurs quantiques. À l’occasion de la Fête de la science, elle s’est confiée à tv78 sur ses recherches, sa distinction et la place des femmes dans les sciences.
À seulement quelques années du début de sa carrière scientifique, Johanna Loyer voit ses travaux récompensés par une distinction prestigieuse. Le 7 octobre 2026, à Paris, la chercheuse originaire de Montigny-le-Bretonneux a reçu le Prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science.
Aujourd’hui chercheuse postdoctorante Inria au Laboratoire d’informatique de l’École polytechnique (CNRS), elle consacre ses recherches à la cryptographie. Une discipline souvent méconnue, mais pourtant indispensable à notre quotidien.
« On utilise tous les jours du chiffrement, même si on ne s’en rend pas forcément compte », explique-t-elle au micro de tv78. Paiements par carte bancaire, achats en ligne ou navigation sur Internet : ces technologies protègent chaque jour nos informations personnelles.
Anticiper la menace des ordinateurs quantiques
Le travail de Johanna Loyer consiste notamment à renforcer les futurs systèmes de chiffrement face à l’émergence des ordinateurs quantiques, ces machines, encore en développement, pourraient un jour remettre en cause certains mécanismes de sécurité actuellement utilisés sur Internet.
« Ce que je fais, c’est d’anticiper cette menace-là et de regarder, avant même que l’ordinateur quantique soit construit, quels sont les risques pour la sécurité », précise la chercheuse.
Son objectif est donc d’identifier les vulnérabilités avant qu’elles ne puissent être exploitées.
« Je cherche les nouvelles failles de sécurité qui risquent d’apparaître. Je les anticipe pour pouvoir les corriger avant même qu’elles puissent être utilisées par des personnes mal intentionnées. »
Une démarche essentielle pour préparer la protection des données personnelles, des transactions bancaires et des communications numériques de demain.
Une distinction qui récompense un parcours scientifique
Passionnée très jeune par la « science du secret », Johanna Loyer a suivi un parcours exigeant. Après une classe préparatoire, elle intègre une école d’ingénieurs spécialisée en cybersécurité. Elle poursuit ensuite avec un master de mathématiques appliquées, puis un doctorat en cryptographie.
Cette année, ses recherches lui valent une reconnaissance nationale. Depuis 2007, la Fondation L’Oréal et l’UNESCO distinguent chaque année 35 jeunes chercheuses en France, sélectionnées parmi plusieurs centaines de candidatures.
« Je suis très heureuse d’avoir reçu ce prix et surtout très honorée que le jury de l’Académie des sciences ait reconnu l’importance de mes travaux pour la sécurité informatique », confie-t-elle.
Au-delà de cette récompense, la chercheuse souhaite également contribuer à une meilleure compréhension des enjeux de cybersécurité.
« Il n’y a pas de disciplines pour les hommes et de disciplines pour les femmes »
Inspirée dès son enfance par Marie Curie, Johanna Loyer mesure aujourd’hui l’importance de transmettre sa passion aux nouvelles générations.
Dans un univers scientifique où les femmes restent encore sous-représentées dans certaines disciplines, elle souhaite notamment encourager les jeunes filles à s’orienter vers les mathématiques et l’informatique.
« Encore trop souvent, on pense que ce sont des disciplines pour les hommes, alors que pas du tout », souligne-t-elle.
Pour la chercheuse, il faut avant tout dépasser les stéréotypes et permettre à chacun de choisir sa voie selon ses aspirations, elle insiste également sur l’importance de trouver des modèles auxquels s’identifier, sans pour autant renoncer à ses ambitions lorsqu’ils manquent.
La créativité, une qualité indispensable à la recherche
Interrogée sur le message qu’elle adresserait à une jeune fille hésitant à poursuivre des études scientifiques, Johanna Loyer met en avant une qualité parfois oubliée : la créativité.
« En science, on parle beaucoup du fait qu’il faut de la rigueur, et c’est vrai. Mais il y a quelque chose de vraiment très important, c’est la créativité. »
Selon elle, la diversité des parcours et des expériences permet justement de faire émerger de nouvelles idées.
« On ne peut pas atteindre cette créativité-là si on est tous pareils, si on regarde tous les problèmes de la même manière. »
Un message qu’elle résume par une conviction forte : « La diversité, c’est quelque chose qui est extrêmement important pour permettre la créativité de manière collective et avoir une science de qualité. »
De Montigny-le-Bretonneux aux laboratoires de l’École polytechnique, Johanna Loyer incarne ainsi une nouvelle génération de scientifiques. Une génération qui entend relever les défis technologiques de demain tout en ouvrant davantage les portes de la recherche aux femmes.
