Protoxyde d’azote. Le gaz hilarant aux conséquences parfois irréversibles | SQY Mag

Publié le 22 janvier 2026

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Protoxyde d’azote. Le gaz hilarant aux conséquences parfois irréversibles | SQY Mag

Montage : Marine de la Barbée / Reportage vidéo : Yves Hubstenberger / Article : Wilfried Richy

Émission

Longtemps perçu comme un produit festif et sans danger, le protoxyde d’azote, aussi appelé « gaz hilarant », expose aujourd’hui de plus en plus de jeunes à des complications médicales graves. Paralysies, atteintes neurologiques durables, dépendance sévère. Les services hospitaliers tirent la sonnette d’alarme.

Dans SQY Mag, le Dr Claire Farina, psychiatre addictologue et responsable de la filière addictologie au centre hospitalier de Versailles, décrit une réalité de terrain inquiétante.


Des effets psychiques et neurologiques lourds

Le protoxyde d’azote est souvent consommé pour « aller mieux », oublier le stress ou les difficultés du quotidien. Un mécanisme trompeur.
« Le produit donne l’illusion d’un soulagement immédiat, mais il vide les capacités d’adaptation psychique », explique la médecin. Le mal-être reste présent, parfois aggravé le lendemain.

Sur le plan neurologique, les conséquences peuvent être sévères. Des patients arrivent aux urgences avec des troubles moteurs progressifs. Picotements dans les jambes, difficultés à marcher, puis paralysies partielles ou complètes. Certains se retrouvent en fauteuil roulant avant 25 ans.

Aux urgences, des cas de plus en plus graves

Les équipes médicales voient désormais des situations extrêmes. Paralysies ascendantes, embolies pulmonaires, détresses respiratoires, atteintes de la moelle épinière.
Plus préoccupant encore, certains patients continuent à consommer malgré les séquelles. « On a vu des personnes fuguer de l’hôpital pour aller consommer alors qu’elles étaient encore paralysées », alerte le Dr Claire Farina.

L’addiction peut altérer le jugement. Chez des consommateurs très jeunes, le sentiment d’invincibilité retarde la prise de conscience. Le danger est souvent minimisé parce que le produit est associé à des ballons, largement banalisés sur les réseaux sociaux.

Vitamine B12. Une fausse protection

Beaucoup de consommateurs pensent se protéger en prenant de la vitamine B12. Une idée reçue.
Le protoxyde d’azote n’élimine pas la vitamine B12. Il l’inactive. Même en quantité normale ou élevée, elle devient inefficace. Les lésions neurologiques peuvent donc continuer à progresser malgré une supplémentation.

Résultat. Les séquelles sont fréquentes et parfois irréversibles, même après l’arrêt de la consommation et une longue rééducation.

Un risque vital sous-estimé

Autre danger majeur. Le risque d’asphyxie.
Le protoxyde d’azote ne contient pas d’oxygène. Une inhalation prolongée, notamment en position allongée ou avec un masque, peut entraîner une hypoxie sévère et une mort lente par manque d’oxygène. Des décès ont été documentés.

Parler. Se faire aider. Le plus tôt possible

Le message des soignants est clair. Le protoxyde d’azote n’est pas un produit anodin.
Consulter ne signifie pas forcément arrêter immédiatement. Il s’agit d’abord de comprendre ce qui se joue, d’évaluer les risques et de mettre en place un accompagnement adapté.

« Venir en parler, c’est déjà se protéger », insiste la spécialiste.

Une question de santé publique

Face à la banalisation du proto sur les réseaux sociaux, les autorités sanitaires multiplient les alertes. Les dégâts neurologiques et respiratoires sont désormais bien documentés. La prévention reste le principal levier pour éviter des vies durablement marquées.

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