Presse associative : quand les habitants racontaient eux-mêmes la ville nouvelle | Capsule Temporelle

Publié le 27 mars 2026

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Presse associative : quand les habitants racontaient eux-mêmes la ville nouvelle | Capsule Temporelle

Montage : Nathan Desideri / Présentation : Isabelle Gourmelin / Article : Wilfried Richy

Émission

À la fin des années 1970, alors que Saint-Quentin-en-Yvelines sort de terre, une parole singulière émerge. Celle des habitants. Sans filtre, sans cadre institutionnel. À travers une presse associative artisanale, ils documentent leur quotidien et leurs inquiétudes.

Dans ce 5e numéro de Capsule Temporelle, focus sur ces journaux qui racontent une autre histoire du territoire.


Une presse faite par et pour les habitants

Deux titres structurent cette expression locale : Le Bisque (1975-1981, 22 numéros) et Le Moulin à parole (1979-1982, 11 numéros).

Leur point commun est clair : ils sont entièrement produits par des habitants.
« Ils n’ont pas vocation à être journalistes », précise l’éditorial du Bisque. L’objectif est ailleurs. Informer, partager, donner la parole.

À Élancourt, Maurepas, Bois-d’Arcy ou La Verrière pour le premier. À Montigny-le-Bretonneux pour le second. Partout, la logique est identique : créer du lien dans des quartiers en construction.

Une fabrication artisanale

Recherche d’information, rédaction, mise en page, illustrations : tout est fait à la main.
Ces journaux sont des objets militants autant que des outils d’information.

Ils s’inscrivent dans un contexte particulier : celui d’une urbanisation massive décidée par l’État dès les années 1960, avec la création des villes nouvelles.

Dans les années 1970, les quartiers sortent littéralement de terre. Et avec eux, une forme d’inquiétude.

Logement, transports, isolement : les sujets brûlants

Les préoccupations sont concrètes.

  • logements livrés dans des conditions précaires
  • chantiers omniprésents, boue, absence d’équipements
  • transports insuffisants et dangereux
  • absence de centre identifiable

Dans certains quartiers, les habitants vivent encore sans raccordement électrique. Ailleurs, les trajets deviennent risqués, notamment autour du passage à niveau de La Verrière.

La presse associative devient alors un relais. Un outil de revendication. Mais aussi un espace d’expression libre.

Une parole en rupture avec l’institutionnel

Face à la communication officielle de l’établissement public d’aménagement, jugée complexe et peu accessible, ces journaux proposent une autre lecture du territoire.

Plus directe. Plus critique. Plus incarnée.

« La parole des habitants pour les habitants ». La ligne éditoriale est posée.

Un témoignage clé sur la fabrication du territoire

Pour Isabelle Gourmelin, documentaliste au Musée de la Ville de Saint-Quentin-en-Yvelines, ces publications constituent une source précieuse.

Elle travaille précisément sur ces archives et sur la mémoire locale du territoire.
Au musée, elle participe aux recherches documentaires et à la valorisation des fonds liés à l’histoire de la ville nouvelle.

Elle est également impliquée dans des projets collaboratifs avec les habitants, notamment autour de l’histoire de La Verrière.

Son approche est constante : faire émerger une histoire vécue, au plus près des habitants.

Donner à voir une autre histoire

Ces journaux racontent une réalité rarement documentée : celle des “pionniers” de Saint-Quentin-en-Yvelines.

Une population entre espoir et désorientation, confrontée à un territoire en mutation rapide.

Le Musée de la Ville conserve aujourd’hui ces traces du quotidien, avec une mission claire : documenter les modes de vie et la mémoire contemporaine du territoire.

Une mémoire toujours vivante

Au-delà de l’archive, cette presse associative interroge encore aujourd’hui.

Comment se construit une ville ?
Quelle place pour ses habitants dans cette construction ?

Autant de questions qui traversent ce 5e numéro de Capsule Temporelle, dans la continuité d’un travail de mémoire mené avec le Musée de la Ville.


Capsule Temporelle, une série coproduite par tv78 et le Musée de la Ville de Saint-Quentin-en-Yvelines.

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