Morvan Le Rest : un auteur indépendant face à la crise du Festival d’Angoulême

Publié le 21 novembre 2025

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Morvan Le Rest : un auteur indépendant face à la crise du Festival d’Angoulême

Montage : Nathan Desideri / Reportage vidéo : Patrick Jacques de Dixmude

Émission

Morvan Le Rest, directeur artistique et illustrateur, dévoile les coulisses de sa bande dessinée. Il revient sur son parcours, son processus de travail, ses choix techniques et l’origine de ce projet né au lycée, puis relancé pendant la Covid-19.


Directeur artistique, Morvan Le Rest a passé huit ans dans des agences de communication. « J’ai travaillé dans différentes agences, plutôt globales et de publicité, avec des clients qui rayonnent nationalement ou internationalement », explique-t-il. Son profil hybride, mêlant direction artistique et illustration, l’oriente vers des univers où l’image occupe une place essentielle. « La compétence d’illustrateur me permet d’avoir des sujets un peu plus sympas, et des clients un peu plus orientés geeks ou culture », précise-t-il.

Cette double expertise nourrit naturellement un projet personnel : une bande dessinée, menée de manière indépendante.

Cinq ans pour construire une histoire en cinq chapitres

Pour Morvan, tout commence par l’écriture. « J’ai posé mes idées par écrit, c’est très important », confie-t-il. Puis, il structure l’histoire page par page, en laissant volontairement quelques zones à affiner. Son organisation s’inspire directement de l’édition américaine : « Mon projet s’est séquencé en 22 pages de 5 chapitres. Ça me permet de mieux optimiser mon scénario. »

L’intrigue suit un groupe d’adolescents réunis en forêt. « Ça commence à picoler. Il y a un personnage qui part du groupe, et là il est blessé par une créature qu’il pense déguisée parce qu’il est complètement bourré. » La créature provient, en réalité, d’une autre temporalité. Le héros découvre alors l’histoire en même temps que le lecteur.

Les quatre premiers chapitres sont terminés. Seul le dernier reste à finaliser : « Il me reste quelques planches à coloriser, quelques dialogues à écrire. L’année prochaine, je sors un gros recueil des cinq chapitres. »

Un projet né au lycée, relancé pendant le Covid

Après la phase d’écriture, Morvan Le Rest passe au dessin : « Une fois que j’avais bien séquencé mes pages, je vais commencer à les dessiner sous forme de petits croquis. » Pour cela, il travaille essentiellement en numérique : « Le gant, c’est pour ne pas rayer la tablette quand je passe dessus avec mon stylet. »

Chaque élément de la planche est isolé sur des calques : fonds, ombres, personnages, textures. Et pour l’encrage, il utilise un brush pen numérique. « Si on appuie très peu, on a une pointe très fine, presque sensible. Et si on veut donner plus de matière, on appuie et ça crée de la texture. » Cette précision technique soutient une mise en scène inspirée des comics.

L’idée n’est pas récente : « Quand j’étais lycéen, je commençais à faire un peu de BD et j’avais fait trois pages que j’ai gardées dans un classeur. » Des années plus tard, la Covid-19 joue un rôle déclencheur : « J’ai retrouvé ce classeur et je me suis dit qu’on avait du temps. Je pouvais investir mes compétences d’illustration et proposer carrément un projet de BD. »

Entre auto-édition et perspectives d’édition

Morvan assume pleinement son choix d’indépendance. « L’auto-édition me satisfait, parce que je peux vraiment gérer tous les aspects. » Néanmoins, il reconnaît l’intérêt d’un éditeur : « Être édité permettrait d’être diffusé, mais il y a tellement de nouveautés que faire la communication d’un livre, aujourd’hui, c’est très compliqué », explique-t-il. « C’est pour ça que j’ai préparé un teaser avec une personne pour pouvoir communiquer dessus. »

Cette démarche d’auteur indépendant intervient dans un contexte où la bande dessinée traverse une phase de tension structurelle.

Le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, principal rendez-vous du secteur, fait face à une crise de gouvernance et à une menace de boycott pour son édition 2026, selon plusieurs sources dont Le Monde. Entre incertitudes autour de son organisation future et un marché de la BD en recul, la trajectoire de créateurs comme Morvan Le Rest illustre une tendance plus large : celle d’auteurs qui misent sur l’auto-édition, le contrôle créatif et la maîtrise de leur diffusion pour exister dans un paysage éditorial fragilisé.

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