Interview : Nacim Battou présente Dividus, une dystopie hip-hop à Guyancourt

Publié le 10 avril 2026

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Interview : Nacim Battou présente Dividus, une dystopie hip-hop à Guyancourt

Rédacteur : Nicolas Gervais

Chronique

Dans le cadre de la Semaine Hip-Hop, du 14 au 19 avril, le danseur et chorégraphe de la compagnie Ayaghma revient sur son spectacle Dividus, programmé le 14 avril à 20h30 la Ferme de Bel-Ébat, à Guyancourt.

Comment vous est venue l’idée de Divididus ? Y a-t-il un lien avec la crise sanitaire et les confinements ?

De base non, car j’y avais pensé avant même le covid. Mais quand des idées surgissent, c’est toujours pour plusieurs raisons. Cependant, une s’impose comme une évidence : J’ai eu des enfants en 2018. Des jumeaux qui sont nés prématurés. Dans la couveuse, je les trouvais très fragiles et le bruit dehors me paraissait d’un coup assourdissant. Je me suis demandé comment ils allaient grandir et comment j’allais les élever dans ce monde. La question du futur est venue, puis les questions politiques et économiques qui tendent à réduire de plus en plus les financements de la culture. Je me suis demandé si mon métier allait continuer d’exister dans 50 ans. J’ai alors imaginé une dystopie, un monde dans lequel le spectacle vivant n’existait plus, pour poser la question de son utilité. Quelle est l’utilité de tourner sur la tête comme ça ? Et s’il n’y avait plus de théâtres, comment le monde se porterait ?

Pouvez-vous présenter le spectacle en quelques mots à nos lecteurs ?

Sans spoiler : j’ai imaginé que des personnes ont été laissées dans ce qui était jadis un théâtre, un peu comme des cellules souches. Sur scène, le sol est blanc et il y a une sorte de tissu qui concrétise le 4e mur. Au plafond, il y a des néons, comme si les danseurs sur scène étaient des rats de laboratoire ou des vestiges oubliés, restés là pour qu’on se rappelle qu’à une époque, il y avait des gens ici qui œuvraient pour faire naitre des émotions et des idées.

Comment avez-vous vécu le succès du spectacle, notamment lors du festival d’Avignon 2022 ?

C’était complètement fou pour nous, car c’était mon premier projet. En plus, le spectacle a pris vie pendant le covid. La réalité dépassait notre fiction. Nous avons passé du temps, enfermés seuls dans des théâtres, puis Avignon est arrivé avec des standing ovations tous les jours et des salles pleines avec listes d’attente… Je faisais ce métier depuis 20 ans en tant que danseur, avant d’être chorégraphe, et ça m’a mis ko, j’étais à la fois euphorique et en même temps, je ne réalisais pas bien. Surtout qu’en interne, nous avions vécu une période de création vraiment intense. Sur le plateau, le groupe a réellement expérimenté des choses extraordinaires et ça transpire du spectacle. On voit une petite communauté de danseurs qui s’est rencontrée et on sent qu’ils ont vécu un truc particulier entre eux. Ce sont des personnes qui viennent d’horizons différents, de la danse contemporaine, du hip hop… Certains ont fait des écoles, d’autres non… Mais on sent une vraie curiosité et une réelle complicité dans leur rencontre.

Quel est votre rapport à la danse et, plus particulièrement, à la danse hip hop ?

Pour moi, l’art et la culture sont des choses qui sont liées et quand même différentes. La culture hip hop m’a porté. C’est une culture d’autodidactes, de la débrouille et, finalement, elle est proche des méthodes Montessori et consorts : on travaille ensemble, en cercle… C’est une culture orale et ses positionnements esthétiques vont à l’encontre des codes de beauté classiques : On ne tourne pas sur les pieds, mais sur la tête, et il y a quelque chose d’un peu tordu, de viscéral… En même temps, pour moi, faire de l’art, c’est discuter avec d’autres, pas que avec ses pairs ou ses congénères. C’est porter des sujets qui dépassent notre pré carré. Quand je fais des spectacles, on sent que le hip hop est ma culture, ça transpire de moi. Mais je n’ai pas pour autant de volonté esthétique à cet endroit. Je veux faire des spectacles dans lesquels il y a de la danse hip hop, mais aussi d’autres choses : du théâtre, une scénographie, d’autres styles de danses… Je n’ai pas de revendications identitaires, le hip hop est pour moi une langue parmi d’autres.

Vous connaissiez la Ferme de Bel-Ébat ?

Un peu, oui, car des amis s’y sont produits et je suis venu visiter le lieu et rencontrer l’équipe. Tous paraissaient dynamiques, accueillants et animés d’une vraie volonté de rencontrer les artistes. On se languit d’y présenter Dividus et j’ai l’impression que nous allons écrire une nouvelle page avec eux. On a envie de faire des choses ensemble.

Le 14 avril à 20h30 à la Ferme de Bel-Ébat, à Guyancourt – Dès 8 ans -17 € (11,90 €, 8,05 €, 5,95 €) – Réserver

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