Les plus anciennes photographies de Saint-Quentin-en-Yvelines, mémoire d’un monde agricole disparu

Publié le 17 janvier 2026

Partager

Les plus anciennes photographies de Saint-Quentin-en-Yvelines, mémoire d’un monde agricole disparu

Montage : Nathan Desideri / Présentation : Isabelle Gourmelin / Article : Wilfrid Richy

Émission

À travers les fonds photographiques et les archives conservés par le Musée de la Ville de Saint-Quentin-en-Yvelines, se dessine un témoignage rare du monde agricole au XIXᵉ siècle. Parmi ces documents patrimoniaux figure une photographie datée du milieu du XIXᵉ siècle, aujourd’hui considérée comme la plus ancienne connue du territoire correspondant à l’actuelle agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines. Ces archives permettent de mieux comprendre l’évolution agricole, sociale et économique des Yvelines avant l’urbanisation massive du XXᵉ siècle.

Parmi les documents conservés, certains peuvent sembler modestes au premier regard. Des portraits de famille, posés, sans mise en scène apparente. Pourtant, selon les analyses menées par les historiens du musée, ces images constituent des sources précieuses pour appréhender la vie rurale du XIXᵉ siècle. Leur contexte exact de réalisation n’est pas toujours documenté. Certaines pourraient avoir été prises à l’occasion d’événements agricoles locaux, hypothèse avancée par le musée sans certitude définitive. Elles n’en demeurent pas moins des témoins rares d’un territoire encore largement rural.


Une image unique par sa technique photographique (ambrotype, XIXᵉ siècle)

Les fonds du musée conservent des photographies réalisées selon le procédé de l’ambrotype, une technique apparue dans les années 1850, succédant au daguerréotype commercialisé à partir de 1839. Ce procédé repose sur une plaque de verre recouverte de collodion iodé, révélée par un bain chimique à base de nitrate d’argent.

L’ambrotype produit une image positive unique, non reproductible. Si les temps de pose sont plus courts que ceux des procédés antérieurs, ils nécessitent néanmoins plusieurs secondes d’immobilité. À cette époque, la photographie demeure un événement rare, souvent unique dans une vie.

La photographie comme marqueur social au XIXᵉ siècle

Les collections photographiques conservées par le musée révèlent une réalité sociale contrastée. Au XIXᵉ siècle, se faire photographier reste un privilège. Dans les familles paysannes, la pratique est rare et coûteuse. À l’inverse, les familles les plus aisées se font photographier plus régulièrement, constituant de véritables albums de famille. Ces différences se lisent encore aujourd’hui dans la nature et l’abondance des documents conservés.

Travailler la terre dans les Yvelines : une réalité rurale rude

Comme dans une grande partie de la France du XIXᵉ siècle, l’économie locale des Yvelines repose largement sur l’agriculture. Les exploitations emploient des ouvriers agricoles permanents et des saisonniers. Les conditions de travail sont difficiles : longues journées, pénibilité, précarité et isolement.

Un témoignage conservé dans les archives du Musée de la Ville de Saint-Quentin-en-Yvelines illustre cette réalité. Un ouvrier agricole employé ponctuellement à la distillerie Besnard, à Guyancourt, décrit dans une lettre adressée à sa famille un salaire correct mais une existence monotone et solitaire, à quelques kilomètres seulement de Versailles. Un récit qui nuance l’image idéalisée de la ruralité.

Les grands cultivateurs des Yvelines, notables du territoire

À l’opposé de cette condition ouvrière, certaines familles dominent le paysage agricole local. À la tête de vastes exploitations, ces grands cultivateurs sont à la fois agriculteurs, entrepreneurs et notables ruraux. Ils structurent l’économie des villages et emploient une part importante de la population.

Les fonds du musée conservent notamment une photographie datée de 1895, montrant plusieurs grandes familles agricoles du territoire en villégiature à Aix-les-Bains. On y retrouve les familles Decauville, Besnard et Pluchet, implantées respectivement à Montigny-le-Bretonneux, Guyancourt et Trappes.

Ce document illustre le contraste social d’un monde agricole structuré autour de grandes exploitations et d’une main-d’œuvre nombreuse.

Albums de famille et sociabilité rurale

Les albums photographiques de la famille Pluchet, conservés par le musée, témoignent d’une vie mondaine soutenue : réceptions, parties de chasse, séjours à Versailles, présence de domestiques, pratiques sportives comme la bicyclette, encore peu répandue à la fin du XIXᵉ siècle.

Certaines images, datées de 1897, révèlent un monde rural cultivé, connecté aux élites urbaines, bien éloigné des représentations misérabilistes souvent associées à la paysannerie.

Trappes, pôle agricole reconnu au XIXᵉ siècle

Les archives conservées par le musée rappellent qu’au milieu du XIXᵉ siècle, Trappes s’impose comme un centre agricole majeur. En 1855, un concours agricole d’ampleur y est organisé en marge de l’Exposition universelle. Plusieurs milliers de spectateurs y assistent, acheminés par un train spécialement affrété. L’événement se déroule en présence du prince Napoléon Bonaparte, cousin de Napoléon III.

Ces archives soulignent le rôle du territoire dans l’innovation agricole. Les grandes familles locales développent de nouvelles cultures, notamment la betterave, et conçoivent des outils. Les fonds mentionnent notamment une charrue attribuée à la famille Pluchet, diffusée localement.

De la mécanisation à la disparition progressive du monde rural

Les photographies et objets du XXᵉ siècle conservés par le musée documentent l’évolution du travail agricole : mécanisation, restructuration des exploitations, transformation rapide du territoire.

Parmi les pièces conservées figurent des boîtes issues de la conserverie dite « du Trappiste », une appellation industrielle locale sans lien religieux direct. Reprises par des exploitants belges au début du XXᵉ siècle, les fermes poursuivent la culture de la betterave et introduisent celle des petits pois, marquant une nouvelle étape industrielle.

Une mémoire agricole inscrite dans le temps long

Ces archives et fonds patrimoniaux constituent des sources essentielles pour comprendre l’histoire de Saint-Quentin-en-Yvelines et du monde agricole en proche banlieue parisienne. Ils rappellent combien ce monde rural a structuré durablement le territoire, bien avant son urbanisation.

Les tags liés a cet article :

Aujourd'hui