Les élections municipales comptent traditionnellement parmi les scrutins les plus mobilisateurs en France, derrière l’élection présidentielle. Mais le scrutin de 2020 a été marqué par une abstention record dans un contexte exceptionnel, lié au début de la pandémie de Covid-19. Chez les jeunes électeurs, la participation a été particulièrement faible. À l’approche des municipales de 2026, la question de la mobilisation des 18-24 ans reste donc un enjeu central.
Une abstention particulièrement forte chez les jeunes
Lors du premier tour des élections municipales du 15 mars 2020, l’abstention a atteint un niveau inédit sous la Ve République, avec 55,4 % d’électeurs ne s’étant pas rendus aux urnes.
La participation des jeunes a été encore plus faible. Selon un sondage IFOP réalisé le jour du vote, 70 % des 18-24 ans se sont abstenus, contre 56 % pour l’ensemble des électeurs.
Cette tendance n’est pas nouvelle. Lors des municipales de 2014, l’abstention dans cette tranche d’âge atteignait déjà 63 %, selon les données de l’IFOP. À titre de comparaison, les électeurs âgés de 50 à 64 ans s’étaient abstenus à hauteur d’environ 29 % lors de ce scrutin.
Ces écarts illustrent une différence générationnelle marquée dans le rapport à la participation électorale.
Comprendre les causes de ce désengagement
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette moindre participation des jeunes aux élections locales.
Le premier tient au sentiment que le vote municipal pèse peu dans les décisions politiques.
Arthur Scalabre, étudiant originaire de Montesson, évoque cette perception :
« Les élections municipales sont des scrutins où l’on peut avoir l’impression que notre voix ne sert à rien, que les pouvoirs du maire ne sont pas si importants dans la vie quotidienne. Cela vient peut-être aussi d’un manque de communication de la part des mairies. »
La mobilité étudiante constitue également un facteur important. De nombreux jeunes quittent leur commune d’origine pour leurs études, alternant entre logement étudiant et domicile familial. Dans ce contexte, il peut être plus difficile de se sentir concerné par la vie politique locale.
Esméralda Dupont, étudiante à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, explique par exemple qu’elle vote toujours dans sa ville d’origine :
« Certains étudiants votent dans leur ville natale alors qu’ils n’y vivent plus vraiment. Dans ce cas, il est plus difficile de se sentir concerné par les enjeux locaux. »
Le manque d’information sur les programmes municipaux peut également jouer.
Clémence Théry, habitante de Saint-Germain-en-Laye, reconnaît ne pas toujours se sentir suffisamment informée :
« Je préfère m’abstenir plutôt que de voter sans connaître les programmes et leurs conséquences pour la ville. »
Elle évoque également la stabilité politique de certaines communes :
« Dans certaines villes, le même maire est élu depuis longtemps. Cela peut donner l’impression que le résultat est déjà joué. »
Au-delà de la communication, l’enjeu de l’implication
Face à cette abstention élevée, les équipes de campagne cherchent à renouveler leurs stratégies pour mobiliser les jeunes électeurs.
Pour Luc Le Garsmeur, tête de liste de l’union des droites « Audace » à Saint-Germain-en-Laye, la communication ne suffit pas :
« Il faut aller à la rencontre des jeunes et surtout leur donner une place dans les listes. Chaque génération doit pouvoir être représentée. »
Certains jeunes choisissent également de s’engager directement dans la vie politique locale.
Clément Spitz, étudiant dans les Yvelines et colistier à Colmar sur une liste d’union de la gauche et des écologistes, souligne l’importance de cet engagement :
« La communication est importante, mais elle ne suffit pas. Il faut aussi créer des espaces où les jeunes peuvent participer davantage aux décisions locales. »
Les réseaux sociaux, nouveaux outils de campagne
Pour toucher cet électorat, les campagnes municipales investissent de plus en plus les réseaux sociaux.
Des plateformes comme Instagram ou TikTok permettent aux candidats de s’adresser directement aux 18-24 ans, moins présents lors des réunions publiques ou des distributions de tracts.
Certaines équipes de campagne privilégient ainsi des formats courts et visuels pour présenter leur programme et incarner leur projet politique. À Versailles, le maire sortant François de Mazières utilise par exemple ces outils numériques pour valoriser son action et présenter ses propositions.
Ces stratégies cherchent à s’adapter aux habitudes d’information des jeunes générations, qui s’informent désormais très majoritairement en ligne.
Une participation encore incertaine en 2026
Il reste difficile d’anticiper le niveau de participation des jeunes lors des élections municipales de 2026.
Mais les tendances observées lors des scrutins précédents laissent craindre une mobilisation toujours limitée.
La capacité des candidats à impliquer davantage les jeunes dans la vie démocratique locale pourrait donc constituer l’un des enjeux majeurs du prochain scrutin municipal.