Déserts médicaux, vieillissement des médecins et restrictions budgétaires : l’accès aux soins reste un défi majeur dans les Yvelines. Pourtant, à l’approche de 2027, les collectivités territoriales multiplient les initiatives. Élus, professionnels de santé et acteurs publics cherchent ensemble des solutions pour répondre aux besoins des habitants.
Un manque de médecins préoccupant dans les Yvelines
Selon la Banque des Territoires, près de 87 % du territoire français se trouve en situation de fragilité médicale ou de désert médical. Les Yvelines n’échappent pas à cette situation. En dix ans, le département a perdu 20 % de ses médecins généralistes. De plus, 45,6 % des praticiens encore en activité ont 60 ans ou plus.
Cette diminution des effectifs complique l’accès aux soins, notamment pour les patients qui nécessitent un suivi médical régulier. À Rambouillet, Véronique Matillon, maire de la commune, constate directement ces difficultés.
« J’ai des médecins vieillissants ou des médecins qui prennent leur retraite. Donc à Rambouillet, on est en déficit de médecin. Et ça se traduit par des concitoyens qui se retrouvent sans médecin, alors qu’ils ont des pathologies chroniques et qu’ils ont besoin des renouvellements de leurs médicaments. »
L’élue souligne également les difficultés rencontrées pour obtenir un certificat de décès lorsqu’aucun médecin n’est disponible.
À La Verrière, commune d’environ 6 000 habitants, la situation est tout aussi préoccupante. Malgré les efforts de la municipalité, aucun médecin n’est installé sur le territoire communal, selon les informations recueillies.
Les collectivités multiplient les initiatives pour renforcer l’accès aux soins
Face à cette pénurie, les collectivités locales tentent de trouver des solutions. Depuis la fin de la pandémie, Philippe Dompeyre, médecin et référent santé à l’Union des maires des Yvelines (UMY), et Véronique Matillon, également infirmière, animent un réseau santé au sein de l’association.
Leur objectif est simple : informer les élus et les accompagner dans leurs actions contre les déserts médicaux, ce réseau participe notamment aux Universités des maires de l’Ouest parisien (UMOP), afin de sensibiliser les collectivités aux enjeux de santé.
Parallèlement, l’État développe le dispositif des Maisons France Santé. En septembre 2025, Sébastien Lecornu avait fixé l’objectif de 5 000 structures labellisées d’ici 2027. Dans les Yvelines, Simon Kieffer, directeur de la délégation départementale de l’Agence régionale de santé (ARS), se montre confiant.
« Dans les Yvelines, je vais en faire 59 [maisons France Santé], on voit très bien qu’on sera à l’objectif, donc pas de doute sur l’objectif. »
Cependant, pour le représentant de l’ARS, le véritable enjeu dépasse le nombre de structures.
« La question qu’il faut qu’on se pose, c’est comment finalement ça peut être un levier pour amener des professionnels à faire plus, à travailler mieux, plus en réseau et finalement d’apporter un service plus important à la population. »
Médecins juniors et télémédecine : de nouvelles solutions expérimentées
D’autres initiatives doivent également améliorer l’accès aux soins dans les Yvelines. À partir du 1er novembre 2026, une soixantaine de médecins juniors doivent rejoindre le département pour une durée d’un an.
En parallèle, certaines communes expérimentent de nouveaux outils, à l’image de Rambouillet, la municipalité mise notamment sur une valise de télémédecine. Ce dispositif permet à des infirmières formées d’intervenir directement au domicile des patients, tout en restant en contact avec un médecin à distance.
Véronique Matillon en précise le fonctionnement :
« Une valise qui va servir à des infirmières, qui sont formées pour aller au domicile des patients, [tout en étant] en lien avec le médecin à distance. »
Selon l’élue, cette solution pourrait notamment éviter certaines hospitalisations ou faciliter leur orientation lorsqu’elles deviennent nécessaires.
Des collectivités confrontées aux restrictions budgétaires
Malgré ces initiatives, les difficultés restent importantes. En effet, les solutions locales ne suffisent pas toujours à compenser le manque de professionnels de santé. De plus, les débats autour du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 illustrent les tensions budgétaires auxquelles fait face le pays.
Ces contraintes réduisent les marges de manœuvre des collectivités, alors même qu’elles interviennent dans un domaine qui ne relève pas directement de leurs compétences principales.
Lors des UMOP 2026, Gérard Larcher, président du Sénat, a d’ailleurs rappelé le rôle essentiel des collectivités territoriales.
« Ce qui tient le pays aujourd’hui, pays fracturé, divisé, que j’ai qualifié de tendu après le Tour de France que j’ai fait depuis la mi-août […] ce sont les 34 850 communes et les départements. »
Ainsi, entre recrutement de médecins, développement des Maisons France Santé et innovations médicales, les collectivités des Yvelines poursuivent leurs efforts pour améliorer l’accès aux soins. Toutefois, leur capacité à agir dépendra également des moyens financiers et humains disponibles dans les prochaines années.